2024 · Théâtre · Commande de texte · Le Café Vainqueur
Festival Avignon Off 2024 (Théâtre des Halles) et 2025 (La Manufacture)
Holden
À propos
Lola veut qu’on l’appelle Holden. Non pas qu’elle souhaite s’identifier à un garçon, mais elle aimerait être quelqu’un d’autre. Alors quitte à choisir, autant s’identifier à une figure qu’elle adore : Holden, le personnage fascinant de L’Attrape-cœurs, le roman de J. D. Salinger.
Du haut de ses seize ans, Lola a décidé de fuguer. En attendant son amie avec qui elle a imaginé cette fuite, elle nous parle d’elle, submergée de sentiments confus et parfois incontrôlables. Elle a la trouille, bien qu’elle dise le contraire, la peur de partir, de grandir, de changer… Des souvenirs de son enfance remontent comme pour la retenir. Ils l’aideront à comprendre petit à petit la violence qui l’habite, l’encombre, mais qu’elle essaie tant bien que mal de contenir. C’est en cherchant à s’en libérer qu’elle pourra enfin tracer son propre chemin. Cette parole, en apparence anodine, dissimule en réalité un état intérieur vulnérable et fragile, une compréhension neuve du « monde des adultes » tel qu’on peut l’observer quand on est à ses portes.
J’ai pas peur de vous. Parfois les gens s’imaginent qu’ils font peur. Moi j’ai pas souvent peur. Même des gens que je connais pas. J’ai l’habitude de parler aux gens que je connais pas. Remarquez, ça m’a joué des tours parfois. Mes parents me disaient tout le temps : « Lola, ne parle pas aux inconnus ». Moi si j’avais jamais parlé à des inconnus, je serais restée une petite gourde. C’est ma tante qui disait ça tout le temps : « Mais quelle petite gourde, celle-là ». Elle avait pas tort, ma tante. Je sais pas pourquoi, je l’ai toujours un peu admirée. Pas comme mes deux idiots de cousins. Quand elle vous parle, ma tante, c’est comme si elle vous lançait des couteaux. Ça vous transperce. Moi j’adore les couteaux. J’ai le mien, là. Vous voulez le voir ? Je l’appelle Phil. Comme Phil Collins. Pourtant j’aime pas trop Phil Collins. C’est un truc que mes parents écoutaient. En fait, je crois que j’aime bien l’idée que ce gros bisounours de Phil Collins puisse tuer de manière brutale et sanguinaire. Et découper des chips en quatre, aussi. Il tranche, c’est incroyable, ce couteau. Vous savez qu’il est en fauteuil roulant maintenant, Phil Collins ? J’ai vu une vidéo l’autre jour : il est tellement vieux que pour qu’il puisse faire de la batterie, ils lui avaient scotché les baguettes sur les mains. J’imagine qu’il a même plus la force de les tenir. Franchement, j’aimerais jamais être aussi vieux que Phil Collins.
Ils m’ont déjà changé mille fois de collège. Non, pas mille, deux. Mais bon, c’est beaucoup, déjà. En arrivant au lycée, en vrai, je pensais que ça irait mieux. Ça a marché, au début. C’est allé mieux pendant un temps, je veux dire. Mais j’ai toujours eu ce truc de voir rouge. Être en colère, ça vous évite d’être triste. C’est Monsieur Rondeau qui disait ça. Il disait pas que des conneries, Monsieur Rondeau. C’est drôle, j’en parle au passé. Comme s’il était mort. En vrai, il avait l’air un peu mort la première fois que je l’ai vu. Fallait être sacrément désespérée pour aller le voir.
- Comment vous sentez-vous, Lola ?
- Holden. Je préfère que vous m’appeliez Holden, monsieur.
La Minoterie – Pôle de création jeune public et d’éducation artistique de Dijon · ONYX – Théâtre de Saint-Herblain · Théâtre Le Canal · Ville de Saint-Herblain
Soutien
L’Amin Théâtre – Le TAG · L’arc – scène nationale Le Creusot · La Chapelle Dérézo – Lieu d’expérimentation artistique à Brest · La Chartreuse – Centre national des écritures du spectacle de Villeneuve-lez-Avignon · Ville de Paris (aide à la diffusion)
Il y a dans Holden une fidélité à l’esprit de Salinger sans jamais en faire un pastiche. Guillaume Lavenant distille des clins d’œil subtils au roman culte tout en offrant à Lola une voix autonome, contemporaine, profondément singulière. Le spectateur retrouve ce mélange de sarcasme, de lucidité désabusée et de fragilité brute qui fait de L’Attrape-cœurs un texte intemporel – mais dans un corps, une langue, un imaginaire résolument d’aujourd’hui.
À l’image du spectacle : frontal, pudique, bouleversant.
Le texte, dense et nerveux, épouse le rythme des pensées d’une ado en apnée, confrontée à ses peurs, ses élans, ses contradictions. […] Quand le rideau tombe, quelque chose persiste. Une secousse douce. Une parole qui chemine en nous, bien après la fin.
À partir du roman culte de J. D. Salinger L’Attrape-cœurs, la metteure en scène Marilyn Leray et l’auteur Guillaume Lavenant mettent en forme le voyage intérieur d’une adolescente qui s’identifie à son personnage Holden Caulfield. Une expérience qui transforme le rapport à soi.
Guillaume Lavenant a relevé le défi de partir du roman culte de Salinger, parce qu’il a lui-même aimé ce roman et son personnage principal, Holden Caulfield. Cependant, c’est bien une autre histoire qu’il a écrite. Il y a glissé intelligemment des références, l’esprit et les anecdotes de L’Attrape-cœurs, tout en inventant une histoire inédite, qui est celle de Lola, qui adore ce roman et s’identifie à Holden.
Dans un style vif, très oral, sensible, parfois drôle et terriblement attachant, Guillaume Lavenant a travaillé l’écriture avec l’idée d’une langue qui raconte tout ce qui se bouscule dans la tête d’une adolescente.
Ce sont toutes les fragilités de l’adolescence qui s’expriment dans ce texte dont Mégane Ferrat s’empare avec une force d’interprétation étonnante. […] Nerveuse, emportée, au bord des dérives de la folie, cette cavalcade théâtrale en terre de jeunesse a la saveur de la lucidité, la profondeur de vérités qui éclairent autant qu’elles ébranlent.
Bien écrit, interprété avec une grande sensibilité par Mégane Ferrat, le seule en scène Holden, à partir de 14 ans, jette une belle lumière (au propre comme au figuré) sur la vulnérabilité de l’adolescence.
Une très juste peinture, sans verser dans des situations extrêmes, quoique parfois border line, des désarrois adolescents contemporains (les désarrois de l’élève Lola-Holden).
Le shoot d’énergie vitale que procure le jeu de la comédienne est au diapason du texte nerveux et incisif de Guillaume Lavenant dont l’écriture adopte un style oral et familier qui suit un rythme pêchu et rend compte de l’urgence, de la nécessité, de dire et de vivre avec intensité.
Le départ de Holden, qui sert de dénouement à la pièce, se présente à la fois comme un aboutissement et un commencement, point d’étape fondamental d’un itinéraire vraiment touchant.
Holden explore de manière captivante et sans filtre la quête d’identité d’une adolescente tourmentée. […] Un seule-en-scène plein de vérité, magistralement interprété.
Le texte fiévreux de Guillaume Lavenant est complètement ancré dans son époque. Il nous entraîne dans le trouble qu’est celui de cette jeune fille en proie à tout ce que l’adolescence a de plus inconfortable.
Elle parle vite Lola. Mégane Ferrat lui met de la musique dans la voix. Et parfois du brouillard dans le regard. Et Lola – Holden bravache nous paraît tout à coup si fragile. Elle enchante le beau texte de Guillaume Lavenant comme un enfant trop grave.
Peut-on échapper à son héritage familial ? Inspiré de l’Attrape-cœurs, la pièce de Guillaume Lavenant traduit l’urgence de vivre, dans un témoignage poignant d’une victime de harcèlement. […] Holden a enthousiasmé le Festival off d’Avignon, deux années de suite et continue de tourner, après le Théâtre Dunois. Excellente nouvelle !