Écriture

Textes de Guillaume Lavenant

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Extrait 1 / 9

Juste un peu de soleil sur des capots de voitures

Vous savez ce truc de pas avoir le bon boulon ? Vous êtes là, à bricoler dans votre garage ou dans n’importe quelle pièce de votre maison, et il vous manque un boulon, ou une vis, d’un diamètre bien spécifique, alors vous allez au magasin. Vous allez au magasin et vous emportez avec vous la pièce à boulonner avec ce boulon qui vous manque et vous la montrez à un type dans le magasin, un type qui peut bien avoir l’air sympa ou hargneux, peu importe au final, il vous donne le renseignement que vous attendez et vous repartez avec votre boulon, et ensuite vous pouvez boulonner ce que vous avez à boulonner.

Eh bien moi, j’étais ce type qui vous renseigne avec un badge sur le torse. Et toujours le sourire. À côté de moi il y avait Ricardo à la plomberie et Max au chauffage. La fine équipe. Tout le monde disait ça : vous faites vraiment la fine équipe, vous. Et c’est vrai qu’on rigolait bien.

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Extrait 2 / 9

Holden

J’ai pas peur de vous. Parfois les gens s’imaginent qu’ils font peur. Moi j’ai pas souvent peur. Même des gens que je connais pas. J’ai l’habitude de parler aux gens que je connais pas. Remarquez, ça m’a joué des tours parfois. Mes parents me disaient tout le temps : « Lola, ne parle pas aux inconnus ». Moi si j’avais jamais parlé à des inconnus, je serais restée une petite gourde. C’est ma tante qui disait ça tout le temps : « Mais quelle petite gourde, celle-là ». Elle avait pas tort, ma tante. Je sais pas pourquoi, je l’ai toujours un peu admirée. Pas comme mes deux idiots de cousins. Quand elle vous parle, ma tante, c’est comme si elle vous lançait des couteaux. Ça vous transperce. Moi j’adore les couteaux. J’ai le mien, là. Vous voulez le voir ? Je l’appelle Phil. Comme Phil Collins. Pourtant j’aime pas trop Phil Collins. C’est un truc que mes parents écoutaient. En fait, je crois que j’aime bien l’idée que ce gros bisounours de Phil Collins puisse tuer de manière brutale et sanguinaire. Et découper des chips en quatre, aussi. Il tranche, c’est incroyable, ce couteau. Vous savez qu’il est en fauteuil roulant maintenant, Phil Collins ? J’ai vu une vidéo l’autre jour : il est tellement vieux que pour qu’il puisse faire de la batterie, ils lui avaient scotché les baguettes sur les mains. J’imagine qu’il a même plus la force de les tenir. Franchement, j’aimerais jamais être aussi vieux que Phil Collins.

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Extrait 3 / 9

Holden

Ils m’ont déjà changé mille fois de collège. Non, pas mille, deux. Mais bon, c’est beaucoup, déjà. En arrivant au lycée, en vrai, je pensais que ça irait mieux. Ça a marché, au début. C’est allé mieux pendant un temps, je veux dire. Mais j’ai toujours eu ce truc de voir rouge. Être en colère, ça vous évite d’être triste. C’est Monsieur Rondeau qui disait ça. Il disait pas que des conneries, Monsieur Rondeau. C’est drôle, j’en parle au passé. Comme s’il était mort. En vrai, il avait l’air un peu mort la première fois que je l’ai vu. Fallait être sacrément désespérée pour aller le voir.

    - Comment vous sentez-vous, Lola ?

    - Holden. Je préfère que vous m’appeliez Holden, monsieur.

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Extrait 4 / 9

Winter is coming

Hervé essaye d’étudier, mais n’arrive pas à se concentrer. Il passe du temps sur Internet. Sur Wikipédia, il découvre que les Vikings se sont emparés du pont de Charenton en 985 après Jésus-Christ, et ça fait partie des choses qu’il retient parce qu’il aime la sonorité du mot « Vikings ». Les « Vikings ». Quel nom. Pour Hervé, un bon nom de peuple, c’est comme un bon nom de groupe de métal : ça fait déjà peur avant même qu’on ait entendu la musique. Les Vikings, il les imagine avec de grandes épées qui fendent l’air et s’écrasent sur des boucliers en fer. Il aime bien se dire qu’ils campaient au niveau du Leclerc de la porte de Bercy, avec leurs tentes et leurs grandes barbes et leurs bateaux sur la Seine. Il imagine des soldats costauds, accompagnés de femmes sur la tête desquelles s’enroulent des tresses blondes, bien qu’il ne soit pas très sûr de la précision historique de cette représentation mentale. Il mélange sans doute un peu avec Game of Thrones qui vient de sortir et dont les personnages ont envahi son esprit.

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Extrait 5 / 9

Winter is coming

Revenir chez ses parents donnait à Hervé une sensation étrange. C’était comme s’il retrouvait un autre monde, dont il se sentait à la fois proche et distant. Il connaissait les pièces de cette maison, il connaissait le quartier, ses rues. Il n’était pas dépaysé ici. Mais tout cela lui donnait l’impression d’un monde de pierres. Oui, d’un monde de pierres. Comme si les gens ici vivaient comme des pierres. Il ne savait pas dire mieux. Il savait bien que les pierres sont inanimées, qu’un homme n’est pas une pierre, que son père à côté de lui ce soir-là n’était pas une pierre. Pourtant cette phrase revenait sans cesse à son esprit : « cette maison fait partie d’un monde de pierre qui a cessé de bouger il y a longtemps ». Et ce dont il était sûr, c’est que ça n’était plus son monde.

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Extrait 6 / 9

Les Sauvages

Ce que vous allez voir ce soir est une histoire qui s’est passée chez nous. Et qu’on a décidé de venir vous raconter. En fait non, c’est pas nous qui avons décidé de venir vous la raconter. C’est les gens d’ici. Ils nous ont dit : « on aimerait que vous veniez nous raconter votre histoire ». Nous, on a dit : « Laquelle, d’histoire ? Parce qu’on en a plein des histoires. ». D’ailleurs, l’histoire qu’on va vous raconter, on est pas sûrs qu’elle se soit vraiment passée. C’est le genre d’histoire, quand vous y repensez, c’est comme de penser à du brouillard.

Nous, pour être francs avec vous, avant de venir la première fois, on savait pas ce que c’était l’opéra. Les gens d’ici nous ont fait visiter l’atelier décor, l’atelier costumes, ils nous ont montré la grande scène et toute la machinerie et tous les câbles et on a trouvé que c’était stylé. « Franchement bravo », on leur a dit.

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Extrait 7 / 9

Les Sauvages

Silence. La bande de Pasquale se rapproche d’elle. Pasquale entre. Il prend son temps pour s’approcher. Il regarde les affaires de la sauvage.

PASQUALE. T’es qui toi ?

LA SAUVAGE. C’est au moins la troisième fois qu’on me pose cette question aujourd’hui.

PASQUALE. T’es pas d’ici.

LA SAUVAGE. Et toi t’es d’ici ? Ta mère vient d’Algérie, et ton père d’Italie. Personne n’est d’ici. On s’en fout d’être d’ici ou d’ailleurs, l’important c’est où on a envie d’aller, non ?

PASQUALE. Tu parles beaucoup.

LA SAUVAGE. Ouais bah quand on vient m’emmerder, j’aime pas ça. Maintenant si vous voulez aller vous promener ailleurs, personne vous empêche.

PASQUALE. Tu sais qui je suis ?

LA SAUVAGE. 1/ oui je sais parce que je sais à peu près qui est tout le monde sur toute la planète ça fait partie de mes super capacités et 2/ça m’intéresse pas plus que ça de poursuivre cette discussion, j’ai la dalle et on commençait à peine à se mettre à table.

PASQUALE. Tu sais que si je veux je te casse les os, je t’arrache la langue, et je te jette dans la Chézine ?

LA SAUVAGE. Brrrr.

PASQUALE. Il y en a pas beaucoup des meufs comme toi, qui me tiennent tête…

LA SAUVAGE. C’est pourtant pas difficile.

Pasquale s’approche de la casserole.

PASQUALE. Tu me fais goûter ?

LA SAUVAGE. Il y en a pile pour moi et les gosses.

PASQUALE (lui touchant la bouche). Et à ça, tu me fais goûter ?

LA SAUVAGE. C’est ça, essaye.

Pasquale se penche pour l’embrasser. La sauvage lui fait un balayette japonaise. Pasquale tombe. La musique reprend.

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Extrait 8 / 9

Protocole gouvernante

Vous irez sonner chez eux un mercredi. Au mois de mai. Vous serez bien habillée, avec ce qu’il faut de sérieux dans votre manière d’être peignée. Vous ressentirez un léger picotement dans le bout des doigts. Il vous faudra tourner la tête et projeter votre regard sur le voisinage pour recouvrer votre calme. Ce qui finira par survenir, à la vue des pelouses bien tondues et du soleil qui dessine les contours de chaque chose. Derrière sa moustache, le voisin vous fera un signe. À ses pieds se tiendra, en appui sur sa béquille centrale, une Triumph Thunderbird 900, année 96, dont les pipes d’admission auront été déposées, le cache-culbuteurs retiré, la culasse soigneusement mise à part, avec boulons d’assemblage et goujons, sur les dalles de granit de l’allée.

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Extrait 9 / 9

Cheval

L’empereur romain Caligula aurait nommé son cheval, Incitatus, consul.
Dix-huit serviteurs s’occupaient du cheval, il était nourri d’avoine mélangée à
des paillettes d’or, vivait dans une écurie de marbre avec une mangeoire en
ivoire et portait un collier incrusté de pierres précieuses.

Commandes d’écriture

Juste un peu de soleil sur des capots de voitures

2027 · Théâtre

Juste un peu de soleil sur des capots de voitures

Texte · Guillaume Lavenant

Mise en scène · Marie-Laure Crochant

Compagnie La Réciproque

Un matin, après une nuit particulière, Francky quitte sa vie ordinaire, dans une ville ordinaire, pour partir sans but ni destination. Du moins, le pense-t-il. Était-ce une fuite, une délivrance ? Des années plus tard, il revient sur sa « cavale ». L’acteur Jérémy Colas joue Francky, dont l’histoire, écrite par le romancier et dramaturge Guillaume Lavenant, croise l’intime et le social. Entre réalisme et fantastique, la pièce met en lumière ce qui reste, quand tout semble perdu.

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Holden

2024 · Théâtre

Holden

Texte · Guillaume Lavenant

Conception et mise en scène · Marilyn Leray

Compagnie Le Café Vainqueur

Lola veut qu’on l’appelle Holden. Non pas qu’elle souhaite s’identifier à un garçon, mais elle aimerait être quelqu’un d’autre. Alors quitte à choisir, autant s’identifier à une figure qu’elle adore : Holden, le personnage fascinant de L’Attrape-cœurs, le roman de J. D. Salinger.

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Les Sauvages

2021 · Opéra

Les Sauvages

Livret · Guillaume Lavenant

Musique · Guillaume Hazebrouck

Cie Frasques / Angers Nantes Opéra

Ce conte moderne se veut une joyeuse prise d’assaut du Théâtre Graslin par les jeunes des quartiers du Breil et des Dervallières.

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Créations du Théâtre des Faux Revenants

À la télévision, les autruches

2025 · Performance vidéo

À la télévision, les autruches

Texte, mise en scène et création vidéo · Guillaume Lavenant

Un spectateur entre par effraction sur le chantier et erre sur le site du théâtre déconstruit. Dans ce lieu qui abrita ses amours clandestines avec une inconnue, il est saisi par la nostalgie. Par la vidéo et le théâtre, Guillaume Lavenant met en scène une variation sur les métamorphoses d'un lieu, d'une vie, d'un monde.

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Winter is coming

2022 · Théâtre

Winter is coming

Texte et mise en scène · Guillaume Lavenant

Création musicale · Carla Pallone

« Winter is coming » : trois étudiants font de la devise de Game of Thrones leur cri de ralliement. Quelques hivers plus tard, l’âge adulte a obscurci leurs ciels, leur imposant de se plier aux idéaux de réussite intellectuelle, économique et sociale.

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Cheval

2013 · Théâtre

Cheval

Texte et mise en scène · Guillaume Lavenant

Huis-clos. Dans le palais présidentiel, Président et Cheval. Cheval n’est ni à quatre pattes, ni ne porte une crinière, ni des sabots, c’est un comédien habillé normalement ou presque. Une « Xerox». Un valet muet. Une ambiance sonore et visuelle, un monde étrange. Des gouttes d’eau qui tombent du plafond. Dans le bunker présidentiel, Président et Cheval.

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Et aussi

Protocole gouvernante

2019 · Roman

Protocole gouvernante

Texte · Guillaume Lavenant

Editions Rivages · 2019 ↗

Protocole gouvernante, premier roman de Guillaume Lavenant, s’organise autour d’une figure centrale dont le statut reste délibérément ambigu : une gouvernante se présente à la porte d’un couple aisé dans une banlieue pavillonnaire pour prendre en charge leur fille Elena. Elle agit selon un protocole élaboré par un certain Lewis — pesant ses mots, modulant sa voix, se rendant indispensable — pendant qu’à l’extérieur, d’autres agents infiltrés préparent une action collective d’envergure.

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Une écriture, un regard extérieur ?

Commandes de texte, mises en scène, accompagnements dramaturgiques : la compagnie étudie les propositions au cas par cas.

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