Ce conte moderne se veut une joyeuse prise d’assaut du Théâtre Graslin par les jeunes des quartiers du Breil et des Dervallières.
Les Sauvages conte l’histoire d’une jeune femme mystérieuse qui s’installe dans un parc aux marges du « quartier ». Le « quartier », c’est-à-dire là où ils vivent tous : les enfants et leurs bandes, les adultes. Et tous entourent la jeune femme et lui demandent ce qu’elle est venue faire là. Bientôt, ceux de l’extérieur se joignent à l’agitation : les policiers, les urbanistes, les responsables politiques. Car, dans ce lieu entre ville et forêt, l’imprévu dérange et il faut garder le contrôle du territoire. Mais l’intruse aux allures de bacchante va faire voler les habitudes en éclats…
Créé le 23 juin 2021 au Théâtre Graslin, à Nantes, l’opéra est né de trois années de travail entre la Cie Frasques et Angers Nantes Opéra : quarante-quatre élèves des écoles et collèges du Breil et des Dervallières partagent le plateau avec les cinq solistes, le Chœur d’Angers Nantes Opéra et le Frasques Ensemble.
Ce que vous allez voir ce soir est une histoire qui s’est passée chez nous. Et qu’on a décidé de venir vous raconter. En fait non, c’est pas nous qui avons décidé de venir vous la raconter. C’est les gens d’ici. Ils nous ont dit : « on aimerait que vous veniez nous raconter votre histoire ». Nous, on a dit : « Laquelle, d’histoire ? Parce qu’on en a plein des histoires. ». D’ailleurs, l’histoire qu’on va vous raconter, on est pas sûrs qu’elle se soit vraiment passée. C’est le genre d’histoire, quand vous y repensez, c’est comme de penser à du brouillard.
Nous, pour être francs avec vous, avant de venir la première fois, on savait pas ce que c’était l’opéra. Les gens d’ici nous ont fait visiter l’atelier décor, l’atelier costumes, ils nous ont montré la grande scène et toute la machinerie et tous les câbles et on a trouvé que c’était stylé. « Franchement bravo », on leur a dit.
Silence. La bande de Pasquale se rapproche d’elle. Pasquale entre. Il prend son temps pour s’approcher. Il regarde les affaires de la sauvage.
PASQUALE. T’es qui toi ?
LA SAUVAGE. C’est au moins la troisième fois qu’on me pose cette question aujourd’hui.
PASQUALE. T’es pas d’ici.
LA SAUVAGE. Et toi t’es d’ici ? Ta mère vient d’Algérie, et ton père d’Italie. Personne n’est d’ici. On s’en fout d’être d’ici ou d’ailleurs, l’important c’est où on a envie d’aller, non ?
PASQUALE. Tu parles beaucoup.
LA SAUVAGE. Ouais bah quand on vient m’emmerder, j’aime pas ça. Maintenant si vous voulez aller vous promener ailleurs, personne vous empêche.
PASQUALE. Tu sais qui je suis ?
LA SAUVAGE. 1/ oui je sais parce que je sais à peu près qui est tout le monde sur toute la planète ça fait partie de mes super capacités et 2/ça m’intéresse pas plus que ça de poursuivre cette discussion, j’ai la dalle et on commençait à peine à se mettre à table.
PASQUALE. Tu sais que si je veux je te casse les os, je t’arrache la langue, et je te jette dans la Chézine ?
LA SAUVAGE. Brrrr.
PASQUALE. Il y en a pas beaucoup des meufs comme toi, qui me tiennent tête…
LA SAUVAGE. C’est pourtant pas difficile.
Pasquale s’approche de la casserole.
PASQUALE. Tu me fais goûter ?
LA SAUVAGE. Il y en a pile pour moi et les gosses.
PASQUALE (lui touchant la bouche). Et à ça, tu me fais goûter ?
LA SAUVAGE. C’est ça, essaye.
Pasquale se penche pour l’embrasser. La sauvage lui fait un balayette japonaise. Pasquale tombe. La musique reprend.
Partenaires
Production
Cie Frasques · Angers Nantes Opéra
Soutien
Contrat de Ville · Fondation BPO Grand Ouest · Fonds musical pour la jeunesse · Ministère de la Cohésion sociale · Réseau Canopé
DRAC Pays de la Loire · Région des Pays de la Loire · Département de Loire-Atlantique · Ville de Nantes
L’émotion nous envahit, à la fois face à la performance des enfants mais aussi à la poésie qui se dégage de l’œuvre et du livret. (…) Si l’opéra est un lieu souvent hors temps qui, certes, permet la catharsis, mais auquel on reproche de n’être en phase qu’avec l’élite, Les Sauvages apportent la preuve que, comme c’était sa vocation, l’opéra peut être et de fait est un art populaire.
Ce spectacle, dans la formidable expérience artistique et humaine qu’il constitue, apporte à qui en douterait encore la preuve éclatante du caractère indispensable et essentiel de l’art, et du supplément d’humanité qui lui est irréversiblement attaché.